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Les villes nouvelles aujourd’hui et hier: Du vieux avec du neuf ou du neuf avec du vieux ?

Les villes nouvelles : une AOC ?

Les villes nouvelles sont une appellation d’origine non contrôlée. Elles ne sont pas une production urbaine récente. Elles sont le produit de phénomènes urbains apparus tout au long des grandes étapes de l’histoire urbaine, comme une alternative aux autres formes de villes. Ainsi, le terme de « ville nouvelle » en France, ou de New Town dans le monde anglophone, s’est imposé dans le milieu de la recherche en tant que définition générale de ce phénomène. Or, comme le reconnaissent Pierre Merlin et Claude Chaline, cette notion est ambiguë, car tout au long de l’histoire de la production de ce phénomène urbain on rencontre peu d’exemples similaires entre les différentes conceptions urbaines à travers le monde. Ces différences sont généralement d’ordre urbanistique : taille des villes, groupement, localisation, aménagement interne, types d’habitat prédominant, classes de population, nature du maître d’ouvrage. Mais plus encore, c’est la diversité des objectifs et des principes qui ont présidé à la conception de ces villes nouvelles qui est surprenante.

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La ville nouvelle : un concept, plusieurs modes d’emploi.

Bien qu’il puisse y avoir des volontés publiques ou privées, ainsi que des contextes politiques et socio-économiques différents, les modèles et les concepts s’échangent et se nourrissent des expériences urbaines et conceptuelles plus ou moins abouties de chaque côté de l’atlantique. Aujourd’hui, des milliers d’agglomérations à travers le monde peuvent se définir comme nouvelles si l’on s’en tient au cadre strict de la définition largement répandue tout au long du XXe siècle. Cette caractérisation se joue sur deux conditions, soit du fait qu’elles n’existaient pas auparavant, soit que la mutation qui les a affectées atteigne une telle ampleur que rien ne subsiste du passé. Par ailleurs, historiquement et majoritairement, les villes nouvelles ont très souvent été une affaire d’État comme en France ou des pays à l’économie planifiée comme les pays de l’ex-URSS. Au contraire, aux États-Unis, l’anecdotique engagement des pouvoirs publics en matière d’urbanisation ne signifie pas l’absence totale de villes nouvelles. Bien que le phénomène de suburbanisation aux États-Unis et en Europe ait pris un essor important dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est aussi à cette période que des expériences urbaines issues largement d’initiatives privées aux États-Unis ont été mises en œuvre pour répondre aux nombreuses critiques faites au phénomène de l’étalement urbain et notamment au développement des grands ensembles.

La ville nouvelle : utopie autoréalisatrice ?

Ainsi, la ville nouvelle à la fin des années 1960 esquisse un nouveau genre de vie urbaine. Sa mission principale vise à répondre au malaise des grands ensembles et à l’isolement de l’habitat pavillonnaire. La ville nouvelle rompt avec le modèle traditionnel de la grande ville pour lui substituer une ville qui se veut moins imposante, plus humaine et plus verte. De ce point de vue, elle vise une forme d’exemplarité en matière de qualité de vie. L’ambition des villes nouvelles était d’ordres économique et social. Elles devaient être des bassins de recrutement, et créer des foyers d’emplois aux profils économiques diversifiés, et valoriser la coexistence de catégories sociales distinctes. En choisissant la mixité de peuplement, les urbanistes s’inscrivaient dans une logique de modernisation de l’habitat et se distinguent du caractère habituellement ségrégatif des villes.

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Aujourd’hui ces villes nouvelles, aux États-Unis comme en Europe retrouvent un regains d’intérêts par les politiques publiques et des chercheurs qui entreprennent de nouveaux à explorer ces nouvelles communautés, tant par leurs aspects novateurs de leurs architectures et de leur urbanisme que pour le message d’intégration socio-économique et raciale. Ces villes nouvelles se trouvent alors sur une double perspective. Entre un processus de protection globale de son passé tant par les idéaux qui furent projetés sur elles que leur architecture et leur urbanisme à l’image de ses devancières du début du XXe siècle aux États-Unis et en Europe. Et leur développement économique et urbain à travers de nouveaux programmes architecturaux et urbains ambitieux qui ne vient plus seulement s’inscrire autour des ses villes nouvelles, mais s’intégrer directement en leur sein. Pour mieux comprendre les cheminements de la pensée urbaine et son empreinte sur le territoire urbain depuis les entrepreneurs utopistes du XIXe siècle, aux mouvements du nouvel urbanisme, en passant par le mouvement moderne dominé par les CIAM et le post-modernisme. Cette recherche tente de donner une nouvelle approche de la formation, de l’évolution morphologique et urbaine de la ville et d’expliquer leur évolution urbaine depuis la fin des années 90 autour de nouveaux paradigmes urbains.

Thèse, ma chère Thèse, ne vois-tu rien venir ?

Cette recherche de thèse porte principalement sur plusieurs cas de villes nouvelles situées de part et d’autre de l’Atlantique. Le cas de deux New Communities américaines : Reston, située dans l’État de Virginie et fondée par Robert E. Simon en 1961 et Columbia située dans l’État du Maryland et fondée par James W. Rouse en 1964. Puis Cergy-Pontoise située dans le département de l’Oise en France et un cas en Finlande à Tapiola, petite ville nouvelle fondée par Heikki Von Hertzen en 1951. Chacune des villes étudiées dans le cadre de cette thèse est alors, une forme de laboratoire cherchant à s’extraire de l’expérience précédente tout en évitant les écueils passés. En effet, aucune New Town produite dans les années 60 à 70 ne fut faite sans apports d’expériences urbaines plus anciennes. Car cette période des années 60 à 80 fut une époque de profusion dans la création des villes nouvelles, et, comme en France et en Angleterre, une ère d’exploration et d’innovation en termes d’urbanisme et d’architecture. Ainsi Tapiola, Cergy-Pontoise, Reston et Columbia font partie de ces villes nouvelles qui ont marqué durablement le mouvement urbain et architectural nord-américain et européen par la mise en œuvre de nouvelles techniques constructives, de mode de fonctionnement et de financement avec, pour exemple, la mise en place en amont de la réflexion, une équipe pluridisciplinaire composée de sociologues, de médecins, d’architectes et d’urbanistes. La recherche tend à apporter un nouveau regard sur la ville nouvelle de la seconde moitié du XXe siècle à nos jours au travers des aspects théoriques, politiques et architecturaux qui l’ont façonnée. Ce travail tente d’étudier de quelle manière des « modèles » circulent d’un pays à un autre, d’une culture à une autre et comment sont-ils reçus, modifiés, acclimatés, détournés voir manipulés. L’ambition de cette thèse est de rendre compte des fonctionnements complexes et dynamiques des réseaux internationaux d’échanges professionnels de l’époque.

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loupcalosci.com


Loup Calosci est architecte, géographe, et réalise un doctorat à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette. Ses centres d’intérêt scientifique portent sur l’espace urbain et ses transformations dans le temps long, sur les transferts culturels de modèles architecturaux, urbains et paysagers, et sur leurs réception, modification, acclimatation, détournement, ou encore manipulation.

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